des artistes roumains

Mircea Eliade – mythes et symboles

Mircea Eliade, le bien connu historien, mythologue, philosophe et romancier d’origine roumaine est considéré comme l’un des fondateurs de l’histoire moderne des religions.

Polyglotte, il parlait et écrivait couramment en cinq langues (roumain, français, allemand, italien et anglais) et savait lire aussi l’hébreu, le persan et le sanskrit, mais la majeure partie de ses travaux universitaires a été écrite d’abord en roumain, puis en français et en anglais.

Après l’obtention d’une licence de philosophie en 1928, il part pour l’Inde où, pendant trois, il prépare sa thèse pour le doctorat sur le yoga : « Le Yoga, immortalité et liberté » .

On découvre l’influence indienne dans son roman « Maitreyi. La Nuit bengali » qui obtient un prix au printemps 1933. La même année, il devient docteur en philosophie.

Apres la guerre, il s’installe à Paris et se dédie à ses travaux pour la rédaction du « Traité d’histoire des religions » (1949). En même temps, Mircea Eliade se fait connaître par le public français avec la parution de son essai sur « Le Mythe de l’éternel retour » (Gallimard).

En 1953 Eliade publia « Les mythes du monde moderne », un essai où il explique que la lecture quotidienne de l’homme du vingtième siècle prolonge les activités mythologiques de l’ère des religions déistes. Il pense que les grandes idéologies (nazisme, communisme…) de notre temps sont des créations mythologiques.

En 1956, le même éditeur, Gallimard, publie son ouvrage le plus célèbre, « Le Sacré et le Profane ».

En 1959, l’université de Chicago lui confie la chaire d’histoire des religions.

Dans son ouvrage « L’Histoire des croyances et des idées religieuses Mircea Eliade prend ses distances avec tout ce qui est « séculaire ». En traitant le communisme de mythe, il le diminue et le met devant ses propres contradictions. Les mythologies modernes seraient des fragments ou des survivances de la créativité d’autrefois. Mais selon une autre lecture de l’essai, Eliade voulait, au contraire, souligner la continuité dans l’évolution. En conclusion de l’essai il dit : « Il est indispensable de reconnaître qu’il n’existe plus de solution de continuité entre le monde « primitif » ou « arriéré » et l’Occident moderne. Il ne suffit plus, comme il suffisait il y a un demi-siècle, de découvrir et d’admirer l’art nègre ou océanien ; il faut redécouvrir les sources spirituelles de ces arts en nous-mêmes, il faut prendre conscience de ce qui reste encore de « mythique » dans une existence moderne, et qui reste tel, justement parce que ce comportement est, lui aussi, consubstantiel à la condition humaine, en tant qu’il exprime l’angoisse devant le Temps. ». La première lecture focalise sur le marxisme antireligieux comme l’« adversaire » des religions.

À partir de 1970, il est membre du comité de patronage de la revue « Nouvelle École » du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne aux côtés de personnalités comme Jean Mabire et Roland Gaucher, mais aussi des représentants de l’ésotérisme et du mysticisme tels Raymond Abellio ou Louis Pauwels.

Dans Occultisme, sorcellerie et modes culturelles (1978), Eliade n’hésite pas à témoigner de son admiration pour René Guénon, ce qui a contribué à ranger ses travaux du côté de l’ésotérisme.

Le film « L’homme sans âge » de Francis Ford Coppola avec Tim Roth est tiré d’un de ses livres.

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Georges Enesco – le compositeur d’exception

“La perfection, qui passionne tant de gens, ne m’intéresse pas. Ce qui importe, en art, c’est de vibrer soi-même et de faire vibrer les autres.”

Georges Enesco

Georges Enesco (en roumain: George Enescu), né le 19 août 1881 à Liveni (Roumanie) est le plus célèbre compositeur roumain. Petit, il manifeste des dons pour la musique sous l’influence de ses parents; son père dirige des chorales, accompagné occasionnellement à la guitare par sa femme.
Georges Enesco apprend à jouer du violon, qu’on lui offre pour ses quatre ans, auprès d’un virtuose tzigane. Son père le présente au compositeur Édouard Caudella, qui le fait entrer au Conservatoire de Iaşi, puis l’envoie à Vienne (1888-1894) afin d’étudier avec des professeurs de renom, comme Robert Fuchs (composition) et Joseph Hellmesberger (violon).
Il participe rapidement à la vie musicale. L’enfant prodige n’a que 12 ans, mais le public et la presse sont conquis. Deux ans plus tard, il est décoré
de la médaille d’argent du Conservatoire de Vienne et part pour pour poursuivre ses études musicales au Conservatoire
de Paris. L’adolescent étudie avec les grands noms de l’époque: la composition avec Jules Massenet et Gabriel Fauré, le contrepoint avec André Gedalge, le violon avec Martin- Pierre Marsick. Il s’y lie notamment d’amitié avec Alfred Cortot, Pablo Casals, Jacques Thibaud, Maurice Ravel, Jean Roger-Ducasse, Florent Schmitt et Paul Dukas.

L’adolescent réalise des compositions pour le piano, de musique de chambre, des mélodies, quatre symphonies d’école, et son Poème Roumain (1898) créé par Édouard Colonne au Théâtre du Châtelet. Le jeune compositeur ne s’arrête pas. Il travail de plus en plus et ses oeuvres sont des preuves incontestables : les « Rhapsodies roumaines » (1901-1902), la « Suite pour orchestre » (1903) et sa « Première Symphonie » (1905). Il créé aussi un cycle de « Sept chansons de Clément Marot » en présence de Claude Debussy. Il commence à fréquenter les salons parisiens, notamment ceux de la princesse Hélène Bibesco. Il retourne en Roumanie et, accueilli au château de Peleş en1913, par la reine Elisabeth, dirige des compositions de Richard Wagner, l’ouverture des Maîtres Chanteurs et le Voyage de Siegfried sur le Rhin. Pendant la Première Guerre mondiale, Georges Enesco participe à des concerts de bienfaisance pour la Croix-Rouge, présentant « La Neuvième symphonie » de Ludwig van Beethoven qui n’avait encore jamais été jouée dans son intégralité à Bucarest. Il compose sa « Deuxième suite pour orchestre » (1915) et sa « Seconde symphonie « (1918), un Trio pour violon, violoncelle et piano qui anticipe le dernier Fauré et sept Pièces pour le piano, dont le final (Carillon nocturne) fait preuve d’une puissante originalité. À la fin de la guerre, il partage sa vie entre la France, où il acquiert une villa à Meudon, et la Roumanie où il rencontre la princesse Marie Cantacuzène qu’il finira par épouser. Fondateur et premier président de la Société des compositeurs roumains et, en même temps, membre de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de France, il continue de composer. Parmi les compositions de l’époque on retrouve la célèbre « Sonate pour violon et piano “dans le caractère populaire roumain” » (1926) et « Les Sonates » pour piano (1924-1934). En France, il reçoit le titre de chevalier de la Légion d’honneur (1924) puis membre correspondant de l’Académie des beaux-arts (1929).

Son oeuvre d’exception, l’opéra « OEdipe » est achevé en 1931, après sept années de travail et mise en scène en 1936 à « L’opéra Garnier ». Il compose en 1938 « La Suite Villageoise », commandée par l’orchestre philharmonique deNew York (ou il se déplace régulièrement pour diriger) et donne de très nombreux récitals et concerts : en France, accompagné par Gabriel Fauré

ou Richard Strauss ; aux États- Unis, où il joue avec Leopold Stokowski, en Pologne et en Roumanie, où il rencontre Béla Bartók. Georges Enesco accorde une importance majore à son activité de pédagogue. Yehudi Menuhin doit, sans aucun doute, une partie de son génie de violoniste à sa rencontre avec le compositeur roumain. Il affirme : « Ce qu’il m’a transmis, par son exemple, et non par ses paroles, ce fut l’aptitude de transformer la note en un message vital, de donner une forme, un sens à la phrase, d’insuffler vie à la musique ».

Christian Ferras, Ivry Gitlis, Arthur Grumiaux ont également compté parmi ses élèves. Son filleul, le pianiste Dinu Lipatti, le considérait comme son père spirituel. Pendant La Seconde Guerre mondiale Georges Enesco, élu membre de l’Académie roumaine en 1932, retourne dans son pays. La plus part du temps, il vit à Sinaia, au coeur des Carpates dans la villa construite au milieu des années 1920. Il participe activement dans la vie musicale de Bucarest.

Défenseur de la musique contemporaine du pays il interprète des compositions de Constantin Silvestri, Mihail Jora, Marţian Negrea, Sabin Drăgoi, à côté des classiques et des romantiques. Il compose un triptyque de musique de chambre : les Impressions d’enfance pour violon et piano (1940), un Quintette pour piano et cordes (1940) et son second Quatuor avec piano (1944). La paix revenue, Enesco se produit comme chef ou violoniste à Moscou avec David Oïstrakh et Emil Guilels, à Bucarest avec Yehudi Menuhin ou au piano au côté de Ernst Wallfisch. L’instauration du régime communiste le conduit à s’exiler définitivement. Réfugié à Paris où il fait face à des difficultés financières et de santé, il reste toujours le même compositeur actif et l’homme à des grands virtus morales. Il accompagne au violon Alfred Cortot pour le bicentenaire de la mort de Bach. Il continue d’enseigner partout en Europe et dirige, entre autres, l’orchestre de la BBC. En 1951, il achève le poème symphonique «Vox Maris», son second « Quatuor » à cordes et, avec l’aide son compatriote Marcel Mihalovici, la « Symphonie de chambre » pour douze instruments solistes. Georges Enesco s’éteint à Paris, veillé notamment par la reine de Belgique, dans la nuit du 3 au 4 mai 1955 et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Le langage musical original d’Enesco, est inspiré avant tout par le folklore de son pays natal, mais les traditions françaises (Debussy, Fauré) et germaniques (Brahms, Strauss) s’y retrouvent parfois aussi. Bien que le compositeur n’ait laissé officiellement que trentetrois numéros d’opus, il existe plusieurs centaines d’entrées à son catalogue complet incluant ses esquisses. Des multiples compositions sans opus, achevées ou non (ainsi que des transcriptions et arrangements) sont conservés, pour la plupart, au Musée National Georges Enesco.

Alex Stefanescu

Artistes plastiques roumains d’exception

Autoportrait

Né le 1er février 1868 à Ştefăneşti, un village près de Botoşani, Roumanie, Ştefan Luchian fut un peintre roumain, célèbre pour ses paysages et ses natures mortes.

La famille Luchian s’est installée à Bucarest en 1873 et sa mère voulait qu’il joigne l’école militaire pour embrasser la même carrière que son père. Il préféra s’inscrire dans la classe de peinture de l’école des beaux-arts de Bucarest, où il fut encouragé à suivre une carrière de peintre par Nicolae Grigorescu (dont le travail devait avoir une influence majeure sur toute sa création).

Anémones, 1908

A partir de l’automne 1889, Luchian a étudié durant deux semestres à l’ Académie des beaux-arts de Munich, où il a créé des copies des œuvres du Corrège et de Rembrandt qui se trouvent à la « Kunstareal ». Après son retour en Roumanie, il prit part à la première exposition du groupe « Le cercle artistique ».

Il s’est montré lui-même incapable d’accepter les règles académiques imposées par l’école bavaroise et l’école roumaine. L’année suivante, il part pour Paris, où il étudie à l’Académie Julian, et, bien qu’élève de l’artiste académique William-Adolphe Bouguereau, il fait la connaissance de l’impressionnisme. Le tableau de Luchian « La derniere course d’automne » montre l’influence d’Édouard Manet et d’Edgar Degas, mais fait aussi l’écho de la Société des Artistes Indépendants, du modernisme, et du postimpressionnisme (ce qui est également évident dans les œuvres crées après son retour à Bucarest).

En 1900, Ştefan Luchian contribua avec deux pastels au pavillon Roumain de l’Exposition Universelle.

Paralysé à partir de 1909, il a eu à vivre le reste de sa vie dans un fauteuil. Ceci ne l’empêcha pas de travailler sur une série de paysages et de fleurs. Commençant tôt à peindre des fleurs, il consacra toute son énergie créative à ce sujet à partir de 1908. Vers la fin de sa vie, le peintre n’était plus capable de tenir le pinceau avec ses doigts, et devait se le faire nouer à son poignet afin de continuer à travailler.

A cette époque, il jouissait d’un succès. Lorsque sa maladie devint notoire, une rumeur se répandit que Luchian permettait à quelqu’un d’autre de peindre en son nom. Le scandale causé conduisit à l’arrestation de Luchian sous la charge de fraude (il fut relâché peu après).

(Lorica aux chrysanthèmes), dernière œuvre de Luchian (1913)

L’un des derniers événements dans la vie de Luchian fut une visite que lui fit le compositeur et violoniste George Enescu. Bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés auparavant, Enescu jouait de son instrument comme un hommage personnel à l’artiste dans ses derniers jours.

Stefan Luchian est mort le 28 juin 1917, à Bucarest. Il est enterré au cimetière de Bellu.

Alexandra Stefanescu

Nicolae Tonitza est né le 13 avril 1886 à Bârlad, en Roumanie. Diplômé de l’École Nationale des Beaux-Arts de Iaşi, il part en Allemagne, à Munich, à l’âge de 22 ans. Là, il est admis à l’Académie Bavaroise Royale des Arts en Formation dans la classe du professeur Hugo von Habermann. Il expose à Kunstverein et publie des caricatures dans des revues roumaines. Il quitte l’Allemagne, sans terminer ses études, et voyage en Italie et en France. Il reste même deux ans à Paris et fréquente alors l’atelier de Pierre Laprade, où il étudie les peintres célèbres.

Le jeune artiste est influencé par les courants de l’époque. Avec ses qualités de coloriste, il réussit à mettre en valeur son originalité. L’Impressionnisme et le style « Belle Epoque » vont influencer ses œuvres. Il peint des paysages, des portraits et des compositions qu’il expose dans son atelier de Montparnasse. On y retrouve une réalité pleine de lumière et de couleurs.

En 1911, Tonitza retourne en Roumanie pour participer, aux côtés d’autres artistes, à l’exposition « La jeunesse artistique ». Un an après, il termine ses études à l’école nationale des Beaux-arts de Iaşi et obtient un certificat de « peintre d’église ». En 1924, il expose à la Biennale de Venise. un an plus tard, il fonde, avec Francisc Şirato, Oscar Han et Ştefan Dimitrescu, le « Groupe des quatre ».

Tonitza est considéré comme « le plus important » peintre roumain de cette époque. Il expose également à l’étranger : Barcelone (1929), Amsterdam (1930), Bruxelles (1935).

En 1937 devient recteur de l’Académie des Beaux-Arts de Iaşi.

Deux ans plus tard, il tombe gravement malade et s’éteint le 26 février 1940. Une partie de ses œuvres sont alors exposées en son hommage au « Salon Officiel » et à l’« Exposition d’Art Moderne ».

Un regard rétrospectif sur les œuvres de Tonitza nous révèle une première période de peinture académique portant la marque de l’école de Munich et, en corolaire, un intérêt majeur pour le dessin, au détriment de la peinture. Pendant son court séjour parisien, il fait de timides tentatives pour s’approprier les visions impressionnistes, mais sa préférence pour l’expression graphique conduira son attention vers les créations de Daumier. Son revirement chromatique, que l’élite de la peinture française ne réussit pas à provoquer, fut déclenché par Ştefan Luchian. Après cette période, ses tableaux, réalisés entre 1930 et 1935, montrent une pleine autonomie artistique, se libérant de toute influence. Graphiques, pleines de malice et souvent de dramatisme, ses œuvres sont les témoins de sa participation intense à la vie de son époque.

Sa peinture, loin de l’agitation quotidienne et de l’engagement contemporain, reste sereine, parlant d’un idéal esthétique classique, d’un culte de la beauté, d’un art compris comme l’expression de la permanence des valeurs spirituelles. Cette vision autonome est mise en évidence dans les portraits d’enfants. « Les yeux de Tonitza », nous regardent aujourd’hui avec une nostalgie innocente, avec une mélancolie amère et candide. Ces grands yeux ronds et expressifs sont la marque de son style unique dans l’histoire de l’art roumain.

D’une sobre musicalité picturale tressée de poésie et de réalité, Tonitza est passé dans les dernières années de sa vie à une peinture aux réminiscences orientales, due sans nul doute aux charmes des paysages de la région de Dobrogea.

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